Alain Menesguen, directeur à l'IFREMER

Publié le par Trébeurden Environnement

Algues vertes : "Une fuite en avant qui ne s'attaque pas à
l'origine du mal"
| 14.07.11 | 11h30 • Mis à jour le 14.07.11 | 11h41
'appui du monde agricole vaut-il une ou deux marées vertes ? Jeudi 7 juillet, Nicolas Sarkozy, s'exprimant sur le sujet
des algues vertes lors d'une visite à Crozon (Finistère), refusait "de désigner des coupables, de montrer du doigt les
agriculteurs", et dénonçait les "intégristes" de l'écologie.
Coïncidence malheureuse, le même jour, vient de révéler la préfecture des Côtes-d'Armor, deux marcassins étaient
retrouvés morts sur la plage Saint-Maurice, à Morieux, envahie par une marée verte. Une plage aussitôt fermée en raison
des poches de gaz toxique dans les amas d'algues vertes en décomposition.
Dopée par les rejets d'azote dus à l'agriculture et à l'élevage et par une météo favorable, la prolifération des algues vertes
s'est accentuée cette saison : fin juin, 25 000 m avaient été ramassés en Bretagne, le double de juin 2010.
A Crozon, le chef de l'Etat a affirmé deux priorités pour enrayer le phénomène : le ramassage des algues et le
développement de la méthanisation, qui transforme en biogaz le lisier riche en azote.
Une double erreur, selon Alain Menesguen, directeur de recherche à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la
mer (Ifremer). Ce spécialiste de la modélisation des écosystèmes marins côtiers a été l'un des premiers à démontrer la
responsabilité des épandages agricoles dans la prolifération des algues vertes.
Avez-vous été surpris par les déclarations du chef de l'Etat ?
Alain Menesguen : C'est un discours un peu étonnant, parce qu'on pensait avoir enfin franchi un tournant en août 2009,
lors de la visite du premier ministre, François Fillon, à Saint-Michel-en-Grève, après la mort d'un cheval. Pour la première
fois, les services de l'Etat avaient alors reconnu officiellement que les nitrates agricoles étaient à l'origine des marées
vertes.
Cette reconnaissance suit-elle les premières morts suspectes ?
Bien avant 2009, il y avait de nombreux cas de chiens trouvés morts sur des plages. Officiellement, ce n'était jamais dû
aux algues vertes.
La responsabilité de l'agriculture est-elle une certitude ?
On a longtemps accusé les eaux urbaines, les stations d'épuration, les rejets de phosphate, ce qui a conduit
l'administration à apporter de mauvaises réponses au problème pendant des années. Pourtant, nos travaux ont démontré,
depuis 1988, qu'il faut trois conditions pour obtenir une marée verte : de la lumière, donc des eaux peu profondes; des
courants faibles; enfin, beaucoup d'azote, dont se nourrissent ces algues.
Depuis cinquante ans, l'apport en azote des rivières bretonnes a fortement augmenté. Les recherches ont prouvé que de
90 % à 99 % des apports azotés venaient du lessivage des terres agricoles. Un tiers de cet azote agricole provient des
engrais chimiques, un tiers des bovins, un tiers des élevages porcins et de la volaille.
Cette réalité est-elle désormais acceptée par le milieu agricole ?
Une fraction du monde agricole reste dans le déni. Ils ont recours à des explications surréalistes, assurant par exemple
que ce sont les marées noires, comme celle de l'Amoco Cadiz, en 1978, qui ont créé les marées vertes en détruisant les
bigorneaux mangeurs d'algues…
Le ramassage des algues est-il une solution durable ?
C'est ce qu'on fait depuis trente ans, aux frais du contribuable. Depuis deux ans, ce ramassage s'est intensifié. On traite le
problème sanitaire en multipliant les engins sur les plages, mais c'est une fuite en avant qui ne s'attaque pas à l'origine du
mal. Il n'y a aucune raison scientifique de penser que le phénomène va s'arrêter simplement en enlevant les algues.
La méthanisation du lisier peut-elle réduire les rejets d'azote ?
Non, absolument pas. Le méthane se compose d'un atome de carbone et de quatre atomes d'hydrogène, il ne contient pas
d'azote ! La méthanisation extrait le carbone du lisier pour produire du biogaz, mais l'intégralité de l'azote se retrouve dans
le résidu liquide répandu dans les champs.
La méthanisation peut même accroître la quantité finale d'azote, car on ajoute des végétaux pour améliorer le processus…
La seule vraie solution, c'est d'émettre moins d'azote à la source.
Quelle réduction dans les taux de nitrate est nécessaire à l'éradication des marées vertes ?
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Le Monde.fr : Imprimer http://www.lemonde.fr/imprimer/article/2011/07/14/1548638.html

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